vendredi 17 avril 2015

Interview de François-Bernard Mâche - Compositeur

• Pour vous que représente le personnage d’Olivier Messiaen dans l’univers de la musique classique contemporaine ?          

- Messiaen occupe dans l'histoire de la musique une place qui par certains aspects rappelle un peu celle de Picasso dans les arts plastiques : maîtrise complète de toutes les techniques traditionnelles, et désir permanent d'aller chercher ailleurs, afin de mieux exprimer un imaginaire très personnel. De plus, son rayonnement international a une dimension presque sans précédent. C'est par exemple le seul compositeur dont le nom ait été attribué de son vivant à une montagne, le Mount Messiaen de l'Utah…

• Il a été votre maître, vous a-t-il beaucoup influencé dans votre orientation musicale ?

- Oui, dans les années 50. Il encourageait parfois ce qui chez moi ne lui ressemblait pas, comme l'engagement dans les musiques électroacoustiques. Elles correspondaient pour lui à l'essai, Timbres-durées, qu'il avait désavoué. Il m'a confirmé dans mon choix de travailler au studio du GRM plutôt que dans un conservatoire néo-sériel. Il avait toutefois un peu de mal à approuver mon intégration de sons bruts dans l'écriture instrumentale, en particulier les chants d'oiseaux de Naluan. C'est l'époque où je me suis un peu détaché de son influence.

• Quels traits de sa personnalité vous ont le plus marqué ?

- La bienveillance, la générosité, la liberté, l'imagination poétique allant parfois jusqu'à une certaine naïveté, et la force de ses convictions même les plus critiquées.

• C’est en 1958, lorsque vous assistez au concert de Ustad Vilayat Khan, que vous tombez amoureux de la musique classique indienne.  Le thème de cette année « Orient Occident » vous inspire donc ?

- Certainement. Par exemple une de mes oeuvres, Solstice, pour clavecin et orgue positif, est entièrement écrite dans une échelle modale karnatique, nâtakapriya. Une amie indienne qui l'écoutait y trouvait quelque chose de familier malgré toutes les différences. Une autre, Phénix, un solo de percussion, a une longue introduction organisée à l'image d'un âlap indien, c'est-à-dire l'exploration des intervalles caractéristiques de l'échelle modale, bien que celle-ci, déployée sur deux octaves, ne soit pas du tout indienne, mais inventée.

• En 1972, vous partez à la découverte de ce que vous appelez le « paradis musical » (Malaisie, Sumatra, Bali…) qu’est ce que cela vous a apporté ?

- Une certaine révélation de l'oralité, me confirmant dans ma conviction que le culte de l'écriture n'était pas la seule voie pour accéder à une vraie richesse musicale. Egalement, une réflexion sur le professionalisme par rapport à l'amateurisme. En Indonésie, leur opposition se définit dans de tout autres termes qu'en Europe.

• A côté de Messiaen,  avez-vous subi l’influence d’un ou plusieurs autres compositeurs ?

- J'ai beaucoup admiré Varèse et Xenakis, pour leur exigence, pour leur violence maîtrisée. Et aussi Ligeti, pour sa sensualité si originale. Mais je ne suis pas sûr d'avoir subi leur influence.

• Aujourd’hui, vous continuez de faire honneur à sa mémoire avec vos œuvres, subsiste-t-il  dans vos œuvres une référence à Messiaen ?

- Pas consciemment, en tout cas. Sauf peut-être une certaine "inquiétude rythmique", parfois…, mais avec d'autres techniques. Une fois, Messiaen m'avait félicité pour avoir osé écrire des triolets et quintolets enjambant la barre de mesure. Je n'ai pas poursuivi dans ces jeux d'écriture, mais plutôt dans la transcription minutieuse des rythmes complexes de modèles naturels : par exemple les rythmes des vagues dans Amorgos ou les polyrythmies des amphibiens dans plusieurs oeuvres.

Vous pourrez retrouver François-Bernard Mâche sur la scène du festival Messiaen le mardi 15 juillet à 21h, et un hommage lui sera rendu le vendredi 17 juillet à 17h par Mathieu Dupouy.
Propos recueillis par Margaux Brisson

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