mercredi 18 mai 2016

Interview de Malika Yessetova, violoniste au CNSMDP

Cette semaine, le festival Messiaen au Pays de la Meije va s'intéresser à la violoniste du CNSM de Paris, Malika Yessetova. Elle participera, accompagnée de ses collègues, au concert du samedi 30 juillet à 17h. Elle y interprétera des oeuvres de Kurtag, Amy, Louvier et Debussy. Vous pouvez retrouver le programme complet du concert, ainsi que la réservation des places en cliquant sur ce lien.
Voici une brève présentation de cette jeune artiste :

Née au Kazakhstan de parents musiciens, Malika étudie le violon à Riga, à Kiev, et à Paris tout d'abord à L'Ecole Normale de Musique A.Cortot dans la classe de Devy Erlih où elle achève son brillant parcours avec deux  Diplômes Supérieurs de Concertiste de Violon et Musique de Chambre à l'unanimité puis au CNSMDP où elle obtient son diplôme de Master dans les classes de Svetlin Roussev et de Jean-Jacques Kantorow. Aujourd’hui elle y suit la formation diplômante à la pédagogie et le 3e cycle pour le répertoire contemporain et la création (DAI) dans la classe de Hae Sun Kang.

Voulant sans cesse repousser ses limites  artistiques, elle se passionne en particulier pour la musique contemporaine surtout dans le répertoire pour violon seul et de musique de chambre.
Elle a participe à l’Académie du Festival de Lucerne en 2011, 2012, 2013, à ManiFeste 2014 de l’IRCAM et Festival Messiaen  2012, 2015 et 2016.
Elle joue avec IRCAM dans des projets de musique mixte, notamment Anthèmes 2de P. Boulez, Double bind? de U. Chin et Tensio de Ph. Manoury.
Elle a la chance de travailler avec de très grands chefs, compositeurs, les musiciens de l'Ensemble Intercontemporain. Elle crée constamment des pièces pour violon seul ou en musique de chambre.
Depuis 2013/2014 Malika joue régulièrement à l’Orchestre de Lauréats du Conservatoire et à l’Orchestre de Chambre Nouvelle Europe. Elle a été amenée à jouer très récemment avec l’ensemble Linéa, l’Ensemble Interconteporain, l’ensemble Diagonal.  Malika est depuis 2015 violon solo de l’ensemble Les Possibles qui expérimente de nouveaux répertoires, lieux et formats de concert, mêlant les genres et les arts afin de rendre unique chaque expérience d’écoute.
Malika joue le violon dit «Le Parisien» d’Isabelle Wilbaux et de Martin Héroux, prêté par le Mécénat Musical Société Générale.

- L'invitation au festival Messiaen est-elle importante pour vous, quel est votre sentiment quant à la participation à cet événement ?
Evidemment c'est très important pour moi, pour nous. C'est un Festival de musique contemporaine emblématique, célèbre au-delà des frontières françaises. Chaque année il y a beaucoup de  belles créations, de projets très ambitieux. Ici on expérimente, mais avec un haut degré d'exigence esthétique. On a la possibilité de croiser ici de grands compositeurs, de grands interprètes, des acteurs de notre milieu, d'échanger, d'apprendre d'eux. Le cadre est magnifique, le public chaleureux.



- Effectuez vous des représentations en dehors du cadre scolaire, et que vous apporte cette pratique ?

Il faut dire tout d'abord qu'en DAI contemporain (Diplôme d'Artiste Interprète contemporain et création), nous n'avons pas d'examens ou autres obligations purement académiques. On nous considère comme de jeunes professionnels, fleurons de l'institution, qui ont appris les bases du métier et sont là pour aller plus loin. Nous donnons beaucoup de concerts organisés par notre professeur Hae Sun Kang,  le CNSM et leurs divers partenaires. Ainsi on a pu partir pour donner des concerts à Milan, à Montréal, à Monaco, à Manchester, à Barcelone,  ici bien sûr....A chaque fois c'est une aventure humaine et musicale. Nous  apprenons  à inventer, proposer, expérimenter, à être plus libre sur scène. Nous n'avons pas de "cadre". Je joue bien évidemment aussi en dehors des projets du CNSM.


- Quel est votre cursus, est qu'est-ce qui vous a dirigé vers l'étude de la musique contemporaine ?


Je viens d'une famille de musiciens et dès mon plus jeune âge je vis avec ma tante qui est musicologue, pianiste, critique musicale, animatrice d'émission télé et radio sur la musique, secrétaire adjointe de l'Union des Compositeurs au Kazakhstan. Dès ma tendre enfance je suis en contact avec la musique de notre temps que jusqu'à assez récemment je détestais, parce que premièrement  j'ai fait mes classes et toute ma technique sur le répertoire classique et deuxièmement le répertoire 20ème est dirais-je mentalement et physiquement complexe, or le violon classique c'est déjà assez compliqué en soi.  
Mais j'ai lentement évolué tout d'abord grâce à mon professeur feu Devy Erlih, un immense violoniste (et gendre d'André Jolivet) qui à 80 ans passées connaissait entre autres plus de répertoire contemporain mieux que la quasi totalité des jeunes violonistes et professeurs.
Puis une fois par pur hasard j'ai rencontré Jeanne Marie Conquer (violon solo de l'Ensemble Intercontemporain) dans le couloir du CNSM et qui m'a proposé de venir à Lucerne Festival Academy en remplacement "pour passer 3 semaines d'été au bord du lac". Ce n'étaient pas des  vacances, mais un véritable choc musical, car j'ai pu jouer sous la direction de Pierre Boulez et de Peter Eötvös, côtoyer les musiciens de l'EIC. Je n'aurais jamais cru qu'il était possible de s'amuser sur scène en jouant du Stockhausen! Depuis je joue autant que je peux de la musique  20ème et contemporaine.


- Et quelles sont les œuvres qui vous ont le plus marqué ?

Vous savez dans Cadences il y a toujours ce genre de questions "Votre couleur préférée?", "Votre bruit préféré", "Partition que vous emporterez sur une île déserte", etc et pour ma part je ne pourrais pas y répondre, car il y en a tellement qui ont influencé, construit mon identité artistique comme la Sequenza VIII de Berio pour violon ou le Soleil des Eaux de Boulez, qui sont des chefs-d'œuvre à la fois modernes et intemporels. 


- Quelles sont vos ambitions à l'avenir ?

Susciter, assister à la genèse et créer de nouvelles partitions pour violon, participer à des projets fous, voyager, rencontrer des musiciens et artistes de divers horizons. Bref vivre en musique, par la musique et pour la musique.


Nous remercions donc Malika Yessetova d'avoir accepté de donner cette interview, et nous vous retrouvons dans les semaines à venir pour plus d'articles sur les coulisses du festival Messiaen au Pays de la Meije !


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